Abbaye Sainte Marie de Maumont

Entrer dans le mystère de Dieu par la liturgie et les sacrements

adoration croix oiseaux maumont

Dans le cadre de la journée de réflexion du service pastora diocésain, voici le texte de la conférence faite à Angoulême le 13 Octobre 2007 par notre sœur Dominique.
Pour nos amis internautes non chrétiens, précisons le sens du mot "mystère" tel que la religion chrétienne le comprend : non comme un contenu caché mais comme un contenu révélé si riche qu'on ne finit pas de le découvrir et de l'explorer…
Du "mystère de Dieu" surgit alors une source constante d'émerveillement.

Dieu me manque

Nous autres, gens des rues, c'est par le chemin de nos propres mystères que nous commençons notre chemin vers le Mystère de Dieu ! Mystères joyeux, douloureux et peu glorieux de l'homme comme sa bestialité, sa cruauté, mystères qui nous font perdre nos repères et nous heurter au mur de l'incompréhensible, si humiliant pour l'homme moderne occidental. En effet la joie comme la détresse nous font nous écrier : " Je n'y comprends rien !" et même "je n'y comprends plus rien ! " Pourquoi ceci est-il à nouveau possible alors que j'étais en plein blocage ? Suis-je libre? Qui suis-je ? Et pourquoi ce mal en nous et autour de nous ? Ah, ce mur !
Et si ce mur était une porte, et s'il fallait frapper à la porte et attendre, attendre encore pour entendre une voix qui répondrait de l'autre côté ? c'est un espoir qui peut monter au cœur de tout homme .

En tous cas, notre rôle à nous, chrétiens, gens des rues avec les gens des rues, notre rôle n'est pas d'ouvrir, nous en sommes bien incapables, notre rôle n'est pas de savoir, d'expliquer à l'homme son mystère, de le lui voler en quelque sorte, il est de prendre sur nous le mystère de l'autre avec le nôtre, et de venir frapper, humblement frapper à la porte, avec ou sans notre frère qui désespère.

Nos assemblées liturgiques sont constituées d'hommes qui frappent à la porte du mystère de l'homme et qui sont en attente de Dieu. Oui, entrer dans le mystère de Dieu par la liturgie et les sacrements, c'est entrer dans cette forme d'absence de Dieu que lui-même a voulue pour nous. Le silence de l'au-delà, le désir ardent de Celui qui nous manque : " mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ! "(psaume 42)

Comment célébrer une liturgie si nous n'attendons rien, si rien ne nous manque, ni l'espace ni les rites ni le savoir-faire ! Nous allons célébrer des noces ? or c'est l'époux qui est absent, il nous est enlevé ( Mc 2,20) Il nous faut donc le chercher, appeler sa venue !
" Et parce que je sais que Dieu me manque, je vois aussi en toi que Dieu te manque. Mais l'espérance que Dieu me sera donné est en vérité l'espérance que Dieu te sera donné. " A. Von Spier
Le désir ardent de Dieu soude notre assemblée car il creuse en nous l'humilité. Tout homme croyant ou non, sera touché par la sincérité de ceux qui cherchent, il pourra trouver sa place dans une Eglise qui ne s'impose pas, qui n'est pas propriétaire de ce que Dieu lui offre par grâce.

Mais il faut aller plus loin : Notre Christ dit, lors de la dernière Cène :
" Il vous est bon que je m'en aille "(Jn 16,7)

L'homme Jésus sait quelle soif de Dieu nous habite ; Nous nous contenterions bien de Lui qui nous comble en son humanité, nous voudrions le saisir et ne jamais le lâcher comme Marie - Madeleine au matin de Pâque qui s'écrie : " Rabbouni ! " Mais notre amour de lui doit s'ouvrir à l'au-delà de lui : " Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez puisque je pars vers le Père et le Père est plus grand que moi "(Jn 14,28)
Sans le départ du Christ vers le ciel, sans son Ascension, pas de liturgie possible, pas de venue de l'Esprit Saint, rien de cette immense histoire de l'Eglise en route vers le Père, vers le toujours plus grand.

J'ai dit que Dieu est absent, et c'est vrai.
Cependant Saint Augustin vient nous consoler :
"Sachez-le, nous dit-il, Son absence n'est pas une absence !"

E n vérité, Dieu est là et je ne le savais pas !

adoration flamme maumont

Notre Christ s'est mis au rang des gens des rues ! " Il y a parmi vous, dit Jean Baptiste, quelqu'un que vous ne connaissez pas ! "(Jn 1,26) Non seulement Jésus est parmi les gens des rues, non seulement il est de ce côté du mur, mais il prend sa place dans la queue des gens qui vont au confessionnal et il est baptisé par Jean !
Jésus suit humblement le rite proposé par Jean le Baptiste à tous ceux qui viennent à lui, et il s'y donne ,il s'y plonge tout entier et nul ne sait s'il prévoit quelque chose, il obéit à une injonction intérieure : "Il faut !" et c'est cela qui ouvre le sens, la révélation, car le ciel se déchire et il entend sur lui la voix du Père : "Tu es mon fils bien-aimé" Il en est toujours ainsi en liturgie, nous entrons dans un rite sans bien comprendre, nous nous y donnons en quelque sorte et nous ouvrons ainsi la porte à l'agir de Dieu.

J'ai prononcé le nom de Jésus, et tout est déjà transfiguré, tout est déjà orienté. Parlant de lui sur nos routes humaines, nous parlons déjà de sa présence parmi nous, en liturgie, car "tout ce qu'on avait pu voir de notre Rédempteur, dit Saint Léon, est passé dans les Mystères" autrement dit, dans la liturgie. Jésus apporte avec lui toute nouveauté, dit Saint Irénée, et cette nouveauté ne passe pas.

  • Il apporte avec lui Sa liberté qui est source de la nôtre : la liberté qu'il a de se donner tout entier. Vainqueur du mal qui nous paralyse, il nous rendra capables de nous donner, nous aussi, dans la confiance absolue en sa promesse de vie. En Lui Dieu nous donne sa Parole que nous ne mourrons pas ! Mais jamais le Christ ne s'imposera, n'envoûtera, il attirera tout à lui. En liturgie nous sommes des hommes libres !

  • Il apporte avec lui l'intelligence sous sa forme la plus accomplie, indissociable de l'amour. On peut l'appeler la Sagesse, celle de l'Esprit Saint donnant saveur à toute chose. Pas de magie en liturgie, ni de secrets réservés à des initiés seuls détenteurs de la sagesse, mais une parole claire, proclamée ouvertement et attendant une libre réponse.

  • Il apporte aussi la justice divine qui rend justice à chaque être humain connu de lui. De là un appel qui nous est adressé à tous et que l'on trouve dans la règle de Saint Benoît: "honorer tous les hommes" et particulièrement ceux qui précisément sont méprisés par les autres. En liturgie il ne doit pas y avoir d'exclusion, l'Église n'est pas une secte, elle comprend de l'ivraie et du bon grain et elle le sait ; elle sait aussi que chacun comporte ivraie et bon grain, c'est à Dieu qu'elle confie le soin de faire le tri.

  • Il apporte enfin l'harmonie, il répond à la soif des hommes qui en ont assez d'errer ça et là sans guides et sans pasteurs, il apporte l'harmonie du corps dans la diversité des services unifiés par le serviteur de la charité

Ces quatre dons du Christ peuvent évoquer les 4 présences réelles du Christ
que l'on trouvera dans notre liturgie catholique, notre liturgie " pour-tous "
et nous allons les reprendre une à une

Je suis avec vous tous les jours


adoration eglise maumont

Jésus est réellement présent dans son ministre ordonné, l'évêque d'abord, et le prêtre qui est son délégué ; Il donne à l'assemblée son orientation, il la conduit vers le Père Il donne cohésion à l'Eglise réunie, par une salutation : "Le Seigneur soit avec vous!" ou "la paix soit avec vous ! " Et nous répondons : "Et avec votre esprit" c'est à dire avec l'Esprit Saint qui t'a ordonné et que nous reconnaissons en toi. Surtout il est là pour accomplir la volonté du Christ : "Faites ceci en mémoire de moi !" Lui seul peut le faire car l'Eucharistie est un don, on ne s'en empare pas, on la reçoit comme une grâce.

Sommes-nous, en l'absence de prêtre, des brebis sans berger ? Non, je ne le crois pas. L'absence de prêtre est douloureuse mais le Christ n'abandonne pas les siens. l'Eglise de Corée a vécu longtemps l'épreuve de ne pas avoir de ministres ordonnés sur place mais elle a donné à l'Église plus de 10000 martyrs ! Peut-on crier plus fort que Dieu était présent à cette Eglise ? En tous cas, pour garder l'harmonie du corps, il y avait des responsables chargés de maintenir en elle la prière dominicale en Eglise, la charité entre les membres, l'annonce de l'Évangile ; Elle a su entretenir son désir de prêtres et d'Eucharistie dans un lien très fort avec Rome bref, cette Église avait faim et soif de son Dieu et elle avait à cœur de répondre à la soif et à la faim que Dieu avait d'elle en travaillant à son unité. Sans doute doit-il en être ainsi parmi nous ?

Jésus est réellement présent dans l'assemblée et cette affirmation se base sur une promesse que nous connaissons bien mais qui n'est pas toujours approfondie : Jésus dit : "quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d'eux !", Ce qui veut dire assemblés dans la cohérence de ce que Je suis, dans le respect de chacun des membres entre eux au point que l'on puisse dire : "Voyez comme ils s'aiment !"Alors, me direz-vous," il n'est pas souvent au milieu de nous !" Eh bien si ! Car il habite nos plus petits désirs d'unité et notre humilité : "Je crois, Seigneur mais viens en aide à mon manque de foi !". On peut cependant dire qu'il n'est pas présent lorsqu'on falsifie son Nom, qu'on l'utilise pour d'autres fins que la célébration du Père des Miséricordes qui refuse toute exclusion dans l'Eglise. C'est la raison pour laquelle j'ai rapproché ce mode de présence de Jésus dans l'assemblée de sa justice divine.

Jésus est réellement présent dans la proclamation de la parole. C'est lui qui prend le rouleau du livre, lit et fait l'homélie qui contient toutes les homélies : "Cette parole de l'écriture que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit."(Lc 4,21) La Parole biblique est une " Parole-événement. " Événement tout à fait imprévisible car elle agit d'une façon sur l'un et d'une autre sur l'autre, elle touche au présent mais à la façon d'un germe elle porte en elle l'exigence d'une croissance, c'est un dynamisme vital, une énergie transformante. En tous cas elle sollicite notre attention et notre intelligence, intelligence de l'esprit et du cœur, et attend notre réponse. Dans la liturgie la Parole est presque toujours suivie d'un chant qui est précisément cette réponse. Pour évoquer notre relation à la Parole j'ajouterais volontiers qu'elle est le lieu d'une lutte car la parole n'a rien de facile. Si on la trouve trop limpide, si on la "sait" d'avance, il y a fort à craindre qu'on ait des oreilles mais pas pour la comprendre ; Et puis, cette parole, il faut sans cesse la traduire, la traduire pour aujourd'hui, pour qu'elle sonne aux oreilles de ceux qui écoutent celui qui l'écoute en la lisant.

Il m'a aimé et s'est livré pour moi
Le Mémorial

adoration croix oiseaux maumont

Jésus apporte avec lui la vraie liberté Oui, et à quel prix !
Nous avons vu notre Christ en liturgie être Pasteur, choisir ses apôtres, réunir ses disciples dans le respect mutuel et l'union des coeurs, annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et parler comme personne n'a jamais parlé, mais maintenant il faut en venir, oui "il le faut" comme lui-même le dit, il nous faut en venir à l'immensité de son mystère à lui. Après la liturgie de la parole, dans tout sacrement, vient un temps où l'on "passe aux actes." Jésus plonge tous nos mystères dans son Mystère ! Encore un mur ? Non, une croix ! Sa croix ! Finis les murs de séparation, oui, mais la croix, elle, reste là et qui pourrait l'ôter de notre vue, la relativiser, la nier ? De plus nous ne l'évoquons pas en souvenir, nous vivons un mémorial de la croix, que ce soit dans le baptême, dans l'eucharistie, dans tous les sacrements, nous vivons ce don de Dieu qui PASSE pour nous de la mort à la vie et nous appelle à devenir Christ aujourd'hui.

Qu'est-ce qui est oublié dans la croix ? Tout y est présent : la trahison de Judas, la lâcheté des autres, la souffrance physique et le sadisme des bourreaux, le mépris et la dérision, le cri de solitude, la mort et l'archi-mort, si j'ose dire, puisqu'on lui ouvre le côté alors qu'il est déjà mort… mais aussi l'amour jusqu'au bout, l'infinie confiance du bon larron, le repentir de Pierre, la tendresse de Jésus confiant Marie à Jean, la foi du centurion, tout y est, jusqu'à mon propre secret évidemment là : Il a donné sa vie pour moi, c'est par moi et pour moi qu'il a été crucifié. Et la liturgie dans tout cela ? Elle me plonge dans ce Mystère divin au baptême, et je peux mettre ma main là, toucher les plaies, m'écrier " Amen, Mon Seigneur et mon Dieu ! ", tout mon être y est sollicité j'y entre corps et âme ! Le Mystère de Dieu devient un secret d'alliance avec mon mystère.
Comment la mort devient-elle vie ? Nul ne le sait . Nous en sommes témoins seulement.

Nul ne le saura ?

Si car le mémorial est l'actualisation du Mystère Pascal pour que je devienne responsable de ce don qui m'est fait, de l'Esprit Saint, l'amour même de Dieu qui m'est donné. Un nouveau monde est ouvert, le Royaume des cieux, le paradis qui est d'avoir la liberté de se donner totalement soi-même à Dieu et aux autres.

La Vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi, Père

adoration eglise maumont

Depuis le concile on rappelle fortement, et avec raison, que la liturgie est toujours célébration du mystère Pascal. J'aimerais insister aussi sur le mystère Trinitaire, non moins présent dans nos liturgies.

Quand on commence à aimer le Christ, à vivre avec lui, on le reconnaît, on se prosterne devant lui, bien sûr, mais on ne peut s'arrêter à lui ! Il nous entraîne toujours vers le Père avec des accents fervents : "Il faut que le monde sache que j'aime le père !" "Père je te rends grâce ! " Jésus ne nous fait pas un cours sur le Père, il l'aime de la façon la plus libre qui soit car il reçoit de lui son être et ne cesse de grandir dans cette mission qu'il a reçue de lui." Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie !"Le mystère trinitaire est antérieur à toute création : "Maintenant ,Père , glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais avant que le monde soit, auprès de toi "(Jn 17,5) C'est lui encore qui demeurera après le temps, mystère d'intimité final où nous seront présents : "Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi, pour qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde "(Jn 17,24).

Notre liturgie romaine, répondant à l'appel du Christ, est tout entière tournée vers le Père. Ainsi la place du "Notre Père" dans les sacrements est-elle toujours majeure ; oser dire : "Notre Père !"est le sommet de nos célébrations, (n'en faisons jamais une petite addition en le rajoutant avec un "je vous salue, Marie"!)

Quant À l'Esprit, qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification, Il nous conduit, lui aussi, vers le Père. L'Esprit est en nous la source de la prière, il crie "Abba", "Père".
Le plus profond secret du Fils est sa louange du Père dans l'Esprit Saint, cette prière qu'il nous a donnée ne passera jamais, les sacrements passeront, le ciel et la terre passeront mais la prière de louange ne passera pas. Ne l'oublions pas quand nous sommes amenés à redécouvrir que l'Église tient par la prière commune de ses membres, et par le désir fervent aussi de l'au-delà. Dieu nous manque, nous avons faim et soif de justice et que passe la nuit de ce monde et que vienne le Jour sans fin : "Toi, Père !"

Soeur Dominique

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16190 Juignac