Abbaye Sainte Marie de Maumont

Adoration

"La valeur d'une vie c'est son poids d'adoration"

adoration croix oiseaux maumont

Cette affirmation du Père Monchanin, qui bouleverse notre hiérarchie des valeurs, va servir de base à toute une série de réflexions sur la liturgie. En effet, qu'est-ce qu'une célébration qui ne mènerait pas à l'adoration !
Aujourd'hui nous approcherons seulement ce mot dont les significations sont contradictoires : dans le dictionnaire Robert, vous trouverez aussi bien les expressions "un adorable petit chien" et "des Mises à la crème, j'adore ça" que les "bénédictions de l'adoration perpétuelle du Saint Sacrement et "péché contre l'adorable bonté divine" !Comment nous situer devant ces deux réalités ? L'une s'exprime dans le domaine de la plus grande futilité et décrit une passion centrée sur soi, dans la possession fébrile d'un objet qui nous flatte ; l'autre naît au plus secret de notre coeur, face à quelqu'un qui dépasse tout et à qui nous vouons notre vie, elle est faite pour Dieu, pour le vrai Dieu, unique et sans égal.
C'est la raison pour laquelle, je m'en souviens encore, ma mère me corrigeait lorsque je faisais usage de ce mot pour autre chose que pour Dieu "on n'adore que Dieu" elle me faisait comprendre que ce terme n'est pas neutre et que son ambivalence exprime très bien notre attitude face à la vie.Si nous dirigeons l'élan de notre désir profond sur Dieu nous serons progressivement libérés des idoles et de leurs pièges, notre vie prendra de la valeur et sera bien orientée. A l'inverse nous risquons de nous disperser à l'extrême et, nous trompant de bonheur, nous connaîtrons la famine intérieure, l'insatisfaction et peut être un dégout pour toutes ces choses qui nous auront "trompés".Écoutons le Christ lui-même: "l'heure vient et c'est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et en Vérité" (Jn 4, 23).A nous de faire advenir cet "aujourd'hui en toutes nos liturgies".

Soeur Dominique

Le tressaillement du coeur

adoration flamme maumont

"La valeur d'une liturgie c'est son poids d'adoration"

En paraphrasant ainsi le Père Monchanin, réfléchissons sur la part faite à l'adoration dans nos célébrations.

* Dieu est le "tout-Autre", il est mystérieux il nous dépasse.

* Dieu nous bouleverse toujours

En toute vérité nous ne sommes devenus les adorateurs du Père que le jour où l'Évangile a touché notre cœur de pierre pour en faire un cœur de chair ... Jésus a trouvé la parole juste et imparable dans laquelle nous nous sommes remis à lui et nous n'étions pas les mêmes après qu'avant.

* Dieu nous rejoint plutôt dans notre faiblesse et dans notre simplicité que dans nos réussites compliquées

Ainsi tirons les conclusions de notre expérience spirituelle : que nos célébrations connaissent des temps de silence où Dieu puisse agir à sa façon à lui. Osons vivre des gestes significatifs sans les noyer dans des commentaires (que ce soit les gestes sacramentels ou nos gestes de prière) mais en nous engageant en eux.

Soeur Dominique

Et il baisa la terre...


adoration eglise maumont

Beaucoup se souviennent de l'émotion provoquée par ce geste du pape Jean Paul II lorsqu'il parvint à Saint Domingue lors de son premier voyage en 1979. Ce geste humble et heureux, accompli avec souplesse et ferveur fut par lui-même une belle homélie silencieuse qu'il reproduira tant qu'il en aura la force mesurant l'impact qu'il a sur ses hôtes.

* C'est le premier et le dernier geste du prêtre à l'eucharistie quand il baise l'autel. Il nous aide à comprendre que l'autel est signe du Christ et de l'action de grâce que nous allons offrir par lui au Père.* La liturgie prévoit aussi le baiser de l' Évangéliaire par le diacre après la lecture de l'Évangile: (rite qui gagnerait à être pratiqué plus souvent).* Le vendredi saint, tous les fidèles sont invités à vénérer ainsi la Croix du Christ.

Si nous vivons pleinement ces gestes nous saurons les retrouver à la maison par exemple après avoir lu un passage dans notre Bible, ou en approchant des lèvres d'un malade qui le désire le crucifix qui lui transmet la compassion du Seigneur et sa promesse d'éternelle vie.

N.B. Le baiser de paix a une autre signification, nous l'étudierons en son temps.

Soeur Dominique

JÉSUS tomba à genoux
Lc 22,41

adoration croix oiseaux maumont

Comment l'oublier ! Lorsque nous posons un geste fort en liturgie c'est en totale référence aux gestes-mêmes du Christ lors de sa vie terrestre: celui qui est venu nous sauver, le Seigneur, a porté l'adoration du Père jusque dans son corps et lorsque nous le voyons tomber sur sa face à Getsémani (Mt 26,34) nous mesurons l'intensité de sa prière qui le pousse à la prosternation. Dans le Nouveau Testament ce geste est évoqué 87 fois, c'est assez dire l'importance de cet acte qui engage toute la personne. Que s'est-il donc passé en ce qui concerne notre attitude durant la consécration depuis la réforme conciliaire ?
Je me souviens avoir vu, petite fille, les hommes se découvrir en ce moment fort de la célébration eucharistique mais se tenir debout tandis que les femmes, se mettaient à genoux. Cette distinction ne pouvait guère se maintenir lors d'une révision de nos liturgies. Globalement, on a opté pour la station debout accompagné d'un geste de grand respect après l'élévation (les prêtres se mettent à genoux) mais on peut très bien s'agenouiller ausi pourvu que ce mouvement se fasse face à l'autel. 
(A Maumont par exemple, si nous nous mettons à genoux, nous devons nous tourner pour regarder l'autel et cela n'est pas heureux, notre adoration s'exprime alors par l'inclination profonde qui est une esquisse de la grande prosternation.)

Quoi qu'il en soit, aidons-nous les uns les autres, par notre attitude, corporelle, à réaliser le Mystère de la foi qui s'accomplit pour nous. Adorons le Christ tous ensemble,

Soeur Dominique

"La grande prosternation"

adoration eglise maumont

En hébreu, le mot "adorer" n'existe pas mais on dit "s'étendre à terre" ; cela peut nous faire découvrir que notre esprit aura d'autant plus de chance d'être en prière que notre corps lui aura tracé le chemin.

Si le psaume 95 nous y invite : "Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits" il faut bien reconnaître que nous faisons rarement ce que nous chantons là et c'est dommage.

Pourtant la liturgie prévoit et à des moments forts, que l'on ne peut plus oublier quand on les a vécus ou qu'on en a été témoin: c'est l'attitude que prennent pendant le chant des litanies ceux qui vont être ordonnés évéque,prêtre ou diacre, ceux et celles qui vont faire leur profession religieuse définitive. Nous sommes là au sommet du don de soi c'est à dire dans l'aveu de notre totale pauvreté face au don infini de l'amour de Dieu pour nous. Cela ne saurait être réservé à quelques uns dans l'Église: évidemment ce qui se vit est le signe de ce que tous sont appelés à réaliser leur être propre. La preuve en est que le Vendredi saint, la liturgie prévoit pour le célébrant et ses ministres la même prosternation dans le silence du début de l'office de l'après-midi. Toute l'assemblée est alors associée à ce geste; " comment pourrions-nous le concrétiser?", cela pourrait être un beau thème de réflexion. A noter que dans le rite monastique, la communauté entière se prosterne à l'annonce de la Nativité au moment où l'on chante "Naissance de Notre Seigneur Jésus Christ, aujourd'hui, selon la chair".

Essayez dans la solitude de votre chambre, vous verrez !
Soeur Dominique

Le Silence de l'Adoration

adoration flamme maumont

" C'est le partage de la Vierge d'être en silence c'est son état, c'est sa voie, c'est sa vie " (Pierre de Bérulle)

Le temps de l'Avent qui commence pourrait être comparé à ce silence qui, en musique, précède nécessairement toute audition: il est ce temps plein de promesse qui sépare l'œuvre du bruit qui l'entoure, il permet à l'homme de se recueillir intérieurement pour se mettre à l'écoute du son qui va naître. Mais on peut aller plus loin : la qualité du silence qui a précédé le chef-d'aeuvre de notre salut dans le Christ est toute résumée en une personne, une femme adorant en elle la présence de Dieu.

"Merveille des merveilles la visitée
laisse mûrir en elle
l'incomparable fruit " (Gilles Baudry)

La Vierge, étonnée et ravie par le silence de son enfant qu'elle sait tout-puissant, entre en silence et s'y laisse transformer. II nous est bon de terminer sur cette note unique nos réflexions sur l'adoration dans la liturgie. Que nos silences ne soient jamais en elle des "temps morts" portés par l'indifférence ou la lassitude mais des silences de lumière et de ravissement comme celui de Marie" qui gardait tous ses événements et les méditait dans son coeur.

Soeur Dominique