Abbaye Sainte Marie de Maumont

Hébergement à l'hôtellerie

Te voici à Maumont, à la découverte d'une communauté de moniales bénédictines. Sans doute te demandes-tu quelle est la spécificité de notre prière ? Car tout baptisé est appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre spécificité est la liturgie des heures, ou avec un autre terme, l'Office divin. Cet Office façonne notre être de moniale et notre relation à Dieu, Père de Jésus-Christ. Si tu le désires, nous allons réfléchir et méditer ensemble. Tu pourras réagir en posant des questions à l'une ou l'autre sœur.., ou simplement méditer...

Lors de ton séjour à l’hôtellerie, tu seras peut-être surprise par le nombre de fois où, dans une journée, nous nous retrouvons à l'église. Oui, toute notre journée est rythmée par cette prière liturgique, et la vie du monastère est organisée de telle façon que toutes nous puissions être là. Ce va-et-vient entre l'église et nos activités voudrait nous aider à cultiver la prière continuelle. Nos activités, nécessaires par ailleurs, peuvent nous distraire de Dieu et un long apprentissage est nécessaire pour travailler sans quitter la présence profonde à Dieu. "Ne rien préférer à l'amour de Dieu,"(Règle de Benoît chap. 4, v.21 et chap. 43, v.1) Cette maxime est mise concrètement à l'œuvre, plusieurs fois par jour quand la cloche sonne et nous appelle à l'Office. Il n'est pas toujours facile de laisser un ouvrage commencé... et si l'activité est laissée sans problème, il n'est pas toujours simple d'être disponible au fond de soi à l'œuvre de Dieu, Quand je dis cela, je ne pense pas à un vide intérieur qui me paraît un peu factice, Nos soucis, nos joies ou nos questions sont là. .Il me semble plutôt qu'il existe une façon de les préférer, ou de les ouvrir à la grâce de Dieu qui ne gêne en rien notre participation à l'Office.

Si tu veux une comparaison, quand tu rencontres une amie, tu te réjouis de ce moment passé ensemble ; et tu vas vers elle, vers une parole échangée... C'est cette rencontre qui devient l'essentiel. Il en va de même avec Dieu. En entrant pour chanter l'Office, je commence un dialogue avec Dieu. Et je découvre vite que Dieu m'a précédée : Il m'attend !

Ce rythme journalier de la Prière liturgique nous fait vivre en profondeur le mystère du Christ. Chaque heure a sa coloration propre. Laudes chante la Résurrection. None fait mémoire de la Passion du Christ. À Complies, le jour s'achève, l'œuvre est accomplie. Ce mystère du Christ se déploie sur la semaine, avec le dimanche, jour de la résurrection sur l'année liturgique, où le mystère pascal est central. Sais-tu que dans la règle de Saint Benoît, Pâque est au centre ? Saint Benoît modifie les horaires du monastère en fonction de Pâque, du Carême. C'est vrai aussi pour l'alimentation… En soi c'est vrai pour toute la vie du moine puisque le centre de la règle est l'ensemble des chapitres sur la liturgie, avant les chapitres qui organisent la vie du monastère, après les chapitres qui proposent la pédagogie bénédictine. Nous ne cessons de méditer ce grand mystère : le Père, dans son Fils nous a donné sa vie en plénitude et nous sommes conviés à en vivre dans le souffle de l'Esprit Saint.

Cette méditation se nourrit au long des psaumes, ces psaumes qui peut-être te rebuteront au début : "Ca sert à quoi de prier avec des textes de la Bible, textes vieux comme le monde ! " Certes, tu as raison ! Ils sont dans la Bible. Oui, la Bible est un grand trésor et la liturgie y puise beaucoup. La Bible raconte la longue histoire de Dieu en quête de l'homme... de l’incessante recherche de Dieu pour moi, pour toi, et de nos méandres avant de répondre : "Me voici". La Bible est Parole de Dieu adressée à l'homme pour que l'homme recherche son Dieu dans un dialogue. Le Christ a médité les textes de la Bible. Il a prié les psaumes, comme en témoignent certains passages de l'Évangile. Il a appris à découvrir son Père à travers toutes ces Paroles. "Le Christ a prié les psaumes ?" Ces derniers sont parfois durs, violents. Ils expriment toute la détresse humaine, tous les cris des hommes, et toute leur espérance. La vie de l'homme peut être dure… Toujours ces psaumes ont leur note d'espérance, de louange, ne serait-ce que par l'invocation du Seigneur. Il s'y trouve toute la foi d'Israël dans son Dieu. Le Christ a assumé tous ces cris de détresse et de louange. Il nous a promis l'Esprit Saint pour nous aider à comprendre en profondeur ces textes. Osons croire que l'Esprit prie en nous ces psaumes et que peu à peu Il nous fera pénétrer, à travers eux, le mystère de Dieu. Nous sommes cohéritiers du Christ, or le Christ a reçu en héritage de son peuple ces psaumes. Nous sommes cohéritiers du Christ et appelé à être fils dans le Fils. Celui-ci est le premier et le seul à avoir assumé une prière continuelle, une relation au Père. C'est Lui qui intercède pour tous les hommes et chante la louange du Père jusqu'au plus profond de son humanité, jusqu'au plus profond de son être de Fils... jusqu'à la Croix. Comment pouvons-nous prier ainsi ? C'est impossible ! Non, l'Esprit prie en nous et murmure "Abba, Père". A nous de consentir à la présence de l'Esprit en nous.

Pendant les Offices, l'unité de la communauté te semblera parfaite. Nous sommes toutes habillées de la même façon et faisons les mêmes gestes au même moment. Un unique chant monte du chœur. Saint Benoît insiste sur cette communion, et emploie cette belle expression latine : omnes sub uno.(Règle de Benoît chap. 43, v,13) qu'il est possible de traduire : tous sous un seul. Voilà l'idéal de la communauté et le fondement qui nous réunit : toutes nous sommes réunies au nom du Christ. Chacune est appelée par le Christ à vivre dans ce monastère et à participer à l'Office. L'emploi du présent pour parler de l'appel te surprend peut-être. Je crois que le Christ ne cesse de nous appeler chaque jour personnellement à vivre cette vie monastique. "Écoute, ô mon fils."(Règle de Benoît, Prol. 1) Et chacune répond à cet appel chaque jour … sinon il n'y aurait pas de vie.

Oui nous sommes toutes unies à l'Office. Mais cette unité demande l'engagement personnel de chacune. Chacune est responsable de l'Office. C'est un exercice difficile.

Une prieure carmélite me disait qu'il faut un sacré caractère pour vivre en communauté, en étant soi-même, sans vouloir à tout prix se différencier des autres. C'est vrai pour l’Office. Chanter en chœur est un réel exercice : donner sa voix, sans pour autant se croire soliste ; donner sa voix, sans se démobiliser derrière les chantres ; accepter de vivre un geste parce que la communauté l'a choisi, même si ce geste n'est pas celui que j'ai choisi… Croire et se rappeler souvent que ma présence d'esprit est nécessaire; si je suis ailleurs, quelque chose manquera au corps communautaire.

Accepter aussi la présence de ma voisine, des autres sœurs avec toute la charité nécessaire. Cette sœur à côté de moi a sa façon de vivre et d'être présente à l'Office. Parfois elle peut chanter faux... si, si, cela existe même si tu ne l'entends pas ! Parfois, et je reconnais que c'est paradoxal, elle peut m'agacer parce qu'elle a une jolie voix, parce qu'elle lit bien… Notre participation à l'Office nous apprend peu à peu à nous accepter et à nous aimer (à aimer les autres, à nous aimer nous-mêmes!) avec nos qualités et nos défaillances. Ainsi se construit jour après jour l'unité de la communauté et c'est un labeur. Cette unité reste fragile et bien vivante : elle n'est jamais acquise... Elle est de la responsabilité de chacune... Mère Abbesse soulignait un jour que "notre manière d'être à l'Office est un indice de la manière dont nous nous: engageons dans la communauté." Si nous écoutons de tout notre être fout ce que nous chantons ou les lectures proclamées, nous avons de quoi méditer et essayer de conformer notre vie à la Parole de Dieu. "Aimez-vous les uns les antres" (Évangile de Saint Jean, chap. 13, v. 34), "Confiance, c’est moi." (Evangile de Saint Jean, chap. 6, v. 20). Notre foi s'incarne dans la vie de tous les jours. Benoît (cf, règle de Benoît, chap. 13, v. 12-13), avec son réalisme, demande à l'Abbé de dire le Notre Père à haute voix, à cause des épines de querelles et pour que les frères accomplissent cette parole : "Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés." En écoutant ou en priant le "Notre Père", ils s'engagent d'’une promesse d'amour. Et si un jour le pardon semble impossible : donne tout et consent à ne rien retenir… L'Esprit saura recueillir ton désir et peu à peu le Christ présentera pour toi le pardon au Père. Tu seras alors libre de la liberté des enfants de Dieu et tu seras toute capacité pour chanter les louanges dut Père et intercéder pour tout homme.

Sais-tu que pour parler de l'Office divin, il existe plusieurs termes ? Saint Benoît parle souvent de « l’œuvre de Dieu". Et j'aime ce terme et ces deux connotations différentes. Je participe à l'œuvre de Dieu : ensemble nous sommes là pour louer et supplier Dieu. Il y a donc la part de l'homme, essentielle. Mais il existe une autre façon d'entendre cette expression l'œuvre de Dieu, c'est à dire ce que Dieu fait ou accomplit. Oui Dieu "travaille" pendant l'Office. C'est un grand mystère dont peu souvent nous voyons les fruits. Dieu œuvre en chacun de nous pour labourer la terre de notre cœur. Dieu œuvre dans la communauté rassemblée pour que celle-ci soit vraiment Église rassemblée en son Nom. Dieu œuvre dans l'humanité pour laquelle nous intercédons et nous louons. Dans cette dynamique, l'œuvre accomplie par l'homme et l'œuvre accomplie par Dieu sont essentielles. Dieu ne force jamais la liberté de l'homme mais nous propose de collaborer avec Lui par notre consentement profond à sa grâce. Cette action mystérieuse de Dieu nous pousse à ne pas juger de la qualité d'un Office, de la qualité de notre présence ou de celle de nos sœurs. Dieu est là et agit à travers et même dans nos défaillances… Le fruit de l'Œuvre ne nous appartient pas ! Nous apprenons peu à peu une forme de gratuité : être là simplement avec tout ce que nous sommes.

Être là simplement. Ne pas juger. Certes, Mais ceci ne nous empêche pas, bien au contraire, de travailler la beauté de l'Office. Chez nous, cette beauté se veut sobre, non par un refus quelconque. Simplement cette beauté est là pour nous ouvrir à l'essentiel, au mystère du Créateur. Quand je parle de la beauté de l'Office, je pense certes au chant et à la proclamation des lectures, mais pas seulement, sinon notre participation risquerait d'être très cérébrale. Or tout notre être est invité à célébrer à la suite du Christ qui dans son Incarnation a assumé un corps et prié avec celui-ci.

Nos gestes, à commencer par le signe de la Croix, en passant par les inclinations profondes, sans oublier la position assise ou debout, sont prières. Benoît insiste dans sa règle : chaque attitude exprime l'honneur et la révérence en présence de la Sainte Trinité. Ce n'est pas rien ! Notre corps apprend ainsi peu à peu à être habité par la Trinité de façon très concrète. As-tu remarqué que nos cinq sens ont leur place dans la liturgie ? Oui, les oreilles, ce n'est pas difficile : il y a beaucoup de paroles à écouter … Et le silence? Lui aussi a quelque chose à nous dire. Nos yeux sont vite renseignés par la présence d'un bouquet, de cierges : aujourd'hui, c'est fête. Peut-être ne sont-ils plus sensibles à la communauté ressemblée. Pourtant, il y a là un signe de Dieu ...

L'encens touche notre odorat. A l’Eucharistie, le goût entre en action avec la communion au Corps et au Sang du Christ. Et le toucher ? Nous touchons ce même Corps du Christ en le recevant dans nos mains ; nous touchons nos livres ; nous touchons le sol lors des prosternations, grand mystère d’humilité ... Vraiment tout notre être est catéchisé. Mais comment ne pas prendre au sérieux toutes nos composantes quand le Christ par son Incarnation les a assumées ? Le Père a créé le monde et il a trouvé cela bon. L'Esprit vivifie cette création jour après jour... Et l'homme voudrait parfois se passer d'être homme ! La liturgie nous enseigne à rendre gloire à la Trinité à travers notre humanité, et de ce fait à l'assumer paisiblement sous le regard de Dieu.

Nous venons de parler de notre corps... mais l'aménagement de l'église a quelque chose à nous dire. As-tu remarqué que les moniales sont disposées en deux chœurs avec un espace vide au milieu ? Le chant, ou la psalmodie est pris par un chœur, puis par l'autre.

Il y a un jeu entre la Parole qu'une personne proclame, et que d'autres reçoivent. L'une (parfois un groupe) parle, les autres écoulent. II faut ce va-et-vient entre la parole proclamée ou chantée et la parole reçue et écoutée pour que la Parole "s'incarne". L'espace vide symbolise la présence de Christ et permet un vrai dialogue entre un "je" , un "tu" en présence d'un "il". Cette Présence nous dit "Quand deux ou trois sont réunis pour prier en mon Nom, Je suis là au milieu d'eux." (Évangile de Matthieu, chap.18, v, 20)

As-tu assisté à la profession et à la consécration au Seigneur d'une jeune sœur ? Ou peut-être l'occasion se présentera un jour … La sœur qui s'engage à la suite du Christ se remet totalement entre les mains de Dieu. Ce n'est pas rien cette remise de soi ! C'est une promesse datée d'un jour précis, il reste à la vivre simplement jour après jour. Au cours de la profession, l'évêque en remettant le psautier dit "Recevez le livre de la prière de l'Église afin de chanter sans cesse la louange du Père et d'intercéder pour le salut du monde". Voici notre mission et notre place dans l'Église : assumer cette mission. Chaque communauté célébrante est une petite Église. Ce lien avec l'Église est fondamental. Nous ne célébrons pas seules dans notre petit coin. Nous célébrons parce que l'Église nous a reconnu cette mission, qu'elle a elle-même reçue.

L'évêque demande à la jeune professe : "Voulez-vous être consacrée pour être reconnue dans l'Église-Épouse du Christ, comme signe de ce mystère ?" L'Église comme Épouse chante les merveilles de Dieu, et communie profondément à ce mystère. Chaque sœur, dans son célibat consacré, participe à ce mystère de l'Église Épouse, Personnellement et communautairement, nous signifions ce mystère. Une joie profonde nous transperce : celle de la Bien-aimée face à son Époux. Cette joie est déjà là, elle éclatera au ciel où nous serons toute louange devant la face du Père. Celui qui célèbre l'Office attend avec impatience la venue de ce jour …

Tout Office liturgique est chanté en Église, Concrètement, cela veut dire aussi que nous recevons l'Office des mains de l'Église. Nous avons une grande part de création dans le chant, les hymnes. La structure même de l'Office, les Heures, nous sont données par la Tradition de l'Église. Parfois l'Église peut déstabiliser une pratique que nous aimons. Tu as dû entendre parler du Concile Vatican II. Les Pères du Concile ont proposé que, parfois, le latin soit remplacé par la langue du. pays, pour une meilleure participation. Certaines personnes ont été bouleversées par ce changement de langues ; le latin était devenu leur langue pour prier. "On leur changeait la religion !" Et nous, comment allons-nous réagir si la communauté propose une modification soit dans les horaires de l'Office, soif dans une manière de vivre un rite, ou encore en changeant une hymne ? Ce n'est pas une question banale. Se cache dessous cette grande question : est-ce que la liturgie est devenue mon bien propre ? Oui suis-je capable de le recevoir et de me laisser toujours questionner par des changements, même si ces derniers peuvent être douloureux a assumer ? L'Église est souvent décrite comme une mère. Pourtant elle peut faire souffrir ses membres soit par inadvertance, soit même par le péché des siens. L'histoire de l'Église le montre. Comment pour ma part, vais-je réagir quand une décision de l'Église me déstabilise ? Vais-je quitter le bateau tout de suite et créer ce que je crois être juste et vrai ? Ou vais-je accepter de cheminer avec ce qui m'est proposé en communauté ecclésiale ? L'Église nous est donnée par le Christ, et chacun de nous, nous la façonnons par notre vie.

L'Office divin nous façonne dans notre être profond. Il, nous apprend jour après jour à devenir fils du Père, au milieu de nos frères en communauté, en Église, en humanité, à la suite du Christ incarné, dans la joie et le souffle de l'Esprit Saint. L'œuvre de Dieu nous appelle à naître à cette louange céleste à laquelle nous serons conviés pour l'éternité. Quel beau programme ! Une vie est nécessaire pour l'accomplir … et encore, ce sera le Père qui accomplira.
J'ai été heureuse de partager cette méditation avec toi. Peut-être auras-tu le désir de venir partager un Office avec nous ? Nous serons heureuses de prier avec toi, à tes intentions personnelles et à celle du monde. Mais surtout sache que ton Père des cieux sera profondément heureux de t'accueillir, qui que tu sois, quel que soit ton parcours… Il t'attend !

Une sœur de Maumont

proue abbaye footer maumontAbbaye Saint Marie de Maumont
16190 Juignac