Abbaye Sainte Marie de Maumont

 Profession solennelle de Soeur Mechtilde

A l'abbaye de Maumont

Samedi 15 juin 2007

" NE RIEN PREFERER À L'AMOUR DU CHRIST "

Sœur Mechtilde nous réunit en ce jour de sa profession monastique en cette abbaye Sainte Marie de Maumont. Nous regardons vers elle pour qu'il nous soit donné d'entendre et même de vérifier de façon personnelle la grande prière, la prière passionnée que l'apôtre Paul adressait aux chrétiens d'Éphèse :" Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ ... ouvre votre cœur à sa lumière, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, de l'héritage qu 'il vous fait partager avec les saints, quelle immense puissance il a déployé en notre faveur à nous, les croyants ! " (Eph. 1, 17-19).

Tout à l'heure, sœur Mechtilde, après avoir accompli et proclamé votre profession monastique, vous chanterez de tout cœur : " Suscipe me, Domine ..." " Reçois-moi, Seigneur ... et ne déçois pas mon espérance ! "
Et si vous pouvez chanter ainsi votre espérance, aujourd'hui pour demain, c'est parce que, depuis des années, vous savez comment Dieu s'y est pris pour faire Alliance avec vous.

C'est une histoire déjà longue qui demeure votre secret. Mais à travers cette histoire si personnelle, ce qui se manifeste avec force, c'est l'insistance de Dieu. C'est la force tenace de son appel à Lui, de sorte qu'à un certain moment, on sait, vous avez su, sœur Mechtilde, que rien n'entravera en vous cet appel de Dieu et que vous pouvez sans crainte choisir de ne rien préférer à l'Amour du Christ.

Et à cet Amour du Christ qui est passé et qui passe par des relais humains, des relais de présence, de compréhension, d'affection, d'amitié. Comme si Dieu prenait plaisir à nous faire comprendre que son Alliance à Lui est radicalement nouvelle, précisément parce qu'elle traverse notre humanité, nos relations humaines, nos cœurs humains, nos affinités humaines.Mais cette Alliance nouvelle, elle a sa source en Lui, le Fils du Dieu vivant, le Verbe fait chair, précisément quand il prend chair de notre chair, jusqu'à devenir notre vie et même notre nourriture.

Ce qui s'est passé à Cana, en Galilée, est comme le prélude à cette étonnante révélation charnelle de Dieu parmi nous.Ce jour-là, dans la joie des noces, beaucoup de gens n'ont pas compris ce qui se passait. Ils ont bu le vin nouveau avec plaisir. Mais une femme était là qui, elle, a non seulement compris, mais qui a comme devancé le signe. Elle sait, elle, la Vierge Marie, la mère de Jésus, que désormais, rien n'empêche Dieu de demeurer à l'intérieur de notre humanité. Et elle saura plus tard, près de la Croix de son fils et sans doute près du tombeau vide, ou au Cénacle de Jérusalem, que cette " demeurance " de Dieu est plus forte que la mort : elle a la forme d'un Don étonnant qui s'inscrit dans le corps de notre humanité.
Cana, c'est le premier signe de cette nouvelle Alliance. Et ce signe préfigure et annonce le signe du dernier repas, le signe de l'Eucharistie. Ce signe, sœur Mechtilde, vous l'avez reconnu. Il a été pour vous, depuis longtemps déjà, une force pour vivre.

Et désormais, à travers votre profession monastique et votre consécration de vierge, vous avez la mission, avec vos sœurs de Maumont, de nous y conduire. C'est-à-dire de manifester concrètement, par votre vie donnée, que le Don de Dieu accompli en Jésus Christ est vraiment la source et le cœur d'une Alliance nouvelle ouverte à tous les hommes. Et ne disons pas trop vite, ne croyons pas trop vite que nous savons déjà cela. Non ! Nous avons besoin de l'apprendre et de nous y initier inlassablement avec l'Église, qui est le Corps du Christ.
Mais l'Église, on la réduit trop souvent à ses apparences qui sont parfois triomphantes, mais parfois aussi misérables, pauvres, dérisoires, c'est-à-dire objet de dérision.
Et c'est notre responsabilité commune, frères et sœurs, d'apprendre à regarder au-delà des apparences, c'est-à-dire du côté de la source ou du cœur qui se cache à l'intérieur de ce Corps que nous formons.

Une moniale est donnée à l'Eglise, avec toutes ses sœurs, pour nous conduire à ce cœur de l'Église qui est le mystère, le sacrifice, le don, la Pâque de Jésus, lorsqu'il vient, comme à Cana, créer, à partir de notre terre et de notre humanité, une Alliance nouvelle.

Le vin des noces est donné. La joie est possible, même si chacun n'oublie pas ses blessures ou ses peurs. Mais désormais, par le Christ et par les sacrements du Christ, et en particulier par l'Eucharistie, tout peut être renouvelé. Tout, y compris ce que nous portons en nous d'obscurités, d'incertitudes, de fragilités ou de peurs !
Nous prions avec vous, sœur Mechtilde, pour que votre vie cachée avec le Christ, au milieu de vos sœurs de Maumont, soit pour beaucoup un appel insistant à aller au cœur de l'Église, là, du côté du Christ Jésus le Seigneur, puisque " Dieu l'a donné, au sommet de tout, pour tête à l'Eglise qui est son corps, la plénitude de Celui que Dieu remplit lui-même totalement. " (Eph. 1, 22-23).
Et comme vous-même, sœur Mechtilde, face à cette promesse de Dieu, nous sommes tous en état d'attente, d'espérance et d'apprentissage permanent !

Ainsi soit-il !

Monseigneur Claude DAGENS
Evêque d'Angoulême