Abbaye Sainte Marie de Maumont

Bénédiction de Mère Benoît

Nouvelle Abbesse
de Sainte Marie de Maumont

Dimanche 19 décembre 2004

Mère Jean-Marc - Mère Benoît

Sœur Benoît, par le libre choix de vos sœurs, vous êtes devenue mère Benoît, nouvelle abbesse de la Communauté de Maumont. À partir de la bénédiction d'aujourd'hui, et avec la grâce de l'Esprit Saint, vous voilà appelée à servir vos sœurs pour qu'elles vivent sous la conduite de l'Évangile et avec un amour très fervent, fidèles à la règle de saint Beno ît, votre Père, dont vous portez le nom.

C'est une grande joie, une joie profonde d'être associés à cet événement qui est pour vous toutes comme un nouveau commencement.

Mais ce nouveau commencement est inséparable du chemin déjà tracé ici par votre communauté, avec mère Marie Bernard, mère Laurentia et mère Jean Marc.

Avec vous, mère Benoît, l'expérience bénédictine va continuer à s'inscrire parmi nous, telle qu'elle est, profonde, large et prophétique.

Profonde, comme la vocation cachée de ce juste nommé Joseph, quand il se laisse surprendre par la visite de Dieu.
Large, comme l'engagement missionnaire de l'apôtre Paul, quand il annonce le Christ Sauveur aux peuples païens, et jusqu'à Rome.
Prophétique, comme l'espérance d'Isaïe, quand il accueille le signe que Dieu promet à son peuple en des temps d'épreuves.

Vous ne m'en voudrez pas, mes sœurs, de relier saint Benoît à ces grands témoins de Dieu que nous venons d'entendre, en ce 4è dimanche de l'Avent,. car nous avons besoin, avec vous et avec eux, de reconnaître la nouveauté de Dieu quand il vient parmi nous, au risque de nous surprendre. 

Cet homme nommé Joseph en fait l'expérience bouleversante. Il croit aux engagements du Dieu d'Abraham pour son peuple, mais il n'a pas fini d'être étonné. D'abord par ce qui arrive à sa fiancée, Marie : de qui donc est l'enfant qu'elle porte en elle ? Et comment éviter le scandale public ? L'Évangile laisse deviner ces questions. 

Et voici que, dans le secret de la nuit, Dieu vient répondre à l'inquiétude de Joseph : " Ne crains pas ! Accueille, comme un père adoptif, cet enfant qui va naître de Marie et qui portera le nom du Dieu Sauveur, parce qu'il est engendré de Lui ! " Et Joseph accepte silencieusement d'être ainsi dépassé par le Seigneur. Il comprend qu'avec cette naissance inattenduecommence une nouvelle Alliance de Dieu avec les hommes, une Alliance inscrite dans la chair de notre humanité, une Alliance qui ne s'impose pas d'en haut, mais qui répond à ce qu'il y a de plus profond en nous, quand nous attendons d'être visités par Dieu et délivrés de ce qui nous entrave.

Nos Soeurs aînées

Cette expérience-là, c'est la vôtre, mes sœurs, et aussi la nôtre, lorsque nous acceptons que la Révélation de Dieu vienne en nous de Lui, et non pas de nos désirs ou de nos rêves. Le voilà proche et fraternel, et nous sommes à la joie de l'écouter ! 
Mais le voilà aussi, parfois, apparemment distant, lointain et silencieux ! Nous apprenons alors que nous ne le possédons jamais comme un objet, mais que nous sommes appelés à le laisser travailler en nous, à longueur de vie, c'est-à-dire à longueur de découvertes et d'illuminations intérieures, mais aussi à longueur d'épreuves et de dépouillements ! Et quand nous le laissons ainsi travailler en nous, alors, nous comprenons, dans notre chair, pourquoi il s'est fait chair lui-même : pour ressaisir du dedans notre humanité et pour que nous participions nous aussi de dedans à sa propre passion pour nous. 

C'est toute l'expérience et tout le secret de l'apôtre Paul, le serviteur de Jésus Christ, mis à part pour annoncer la bonne nouvelle du Christ aux païens. Et la bonne nouvelle, c'est que l'Incarnation de Dieu est destinée à tous les peuples. Cela s'appelle l'évangélisation, c'est-à-dire le désir pur, le désir fort que l'Évangile du Christ puisse atteindre, façonner, convertir le corps de notre humanité, tout être humain en quête de vérité et de vie.

On demande parfois : à quoi servent les moines et les moniales? Et cette question banale masque le plus souvent une réponse sceptique : ces hommes et ces femmes ne sont pas rentables, même quand ils cherchent à faire valoir leurs productions. Or la réalité est très claire : la vocation radicale, irremplaçable d'un monastère est simplement d'être un signe sensible de la rencontre toujours possible entre le Dieu vivant et tous ceux et celles qui le cherchent, même si parfois ils le fuient. 

Ici, à Maumont comme à Friguiagbé et ailleurs dans le monde, la vie bénédictine est une petite révélation de Dieu avec nous. Elle a notre fragilité d'hommes et de femmes vulnérables. Mais la fragilité humaine n'empêche pas la largeur de l'Évangile, qui, ici, se manifeste comme une force de vie, de vie communautaire, de vie convertie, de vie ouverte aussi à des hommes et des femmes qui passent et qui, ici, peuvent découvrir qu'il est toujours possible de renaître de Dieu, parce que Lui, par le Christ, ne cesse pas de nous attendre.

Prosternation
Remise de la Règle

Le secret d'un monastère, c'est le secret de ceux ou celles qui y vivent en permanence, et aussi de ceux et celles qui viennent y puiser comme à une source. Et la source de Dieu, elle est comme le signe qu'annonçait le prophète Isaïe : elle est cachée, mais elle porte en elle du neuf, et elle le porte d'autant plus que le monde est porté à ne voir que ce qui meurt, qui s'use ou qui vieillit.

Mère Benoît, et vous toutes, sœurs de Maumont, je vous confie cette mission, à l'heure où notre synode diocésain nous appelle à aller au cœur du mystère de Dieu, à vaincre nos peurs pour annoncer l'Évangile du Christ et à tenir notre place dans la société.

Au lieu d'être obsédés par ce qui s'efface, encouragez-nous à voir ce qui commence, au milieu même de nos pauvretés ! Le Corps de notre Église porte les marques de l'histoire et l'usure des ans. Et pourtant que de signes de renouvellements en profondeur, de missions en épaisseur, comme disait Madeleine DELBRÊL, d'initiatives de prière et de solidarité ! Tous ces signes nous disent ce que l'expérience intérieure nous apprend déjà : nos faiblesses humaines n'entravent pas le travail de Dieu, la nouveauté de Dieu en nous !

La joie de Noël est possible et réelle ! Avec vous, mes sœurs, nous regardons vers l'enfant de la crèche : il est fragile, il est désarmé, il est Dieu avec nous ! Qui donc est Dieu pour nous donner ce signe et pour faire de nous ses témoins !

Seigneur, bénis le nouveau commencement qui s'accomplit aujourd'hui à Maumont, et bénis aussi les nouveaux commencements qui s'accomplissent dans le Corps de notre Église! C'est notre foi et notre espérance communes !
C'est notre joie ! Fais qu'elle demeure et qu'elle grandisse en nous durant l'année qui vient !

Claude DAGENS
Evéque d'Angoulême
Offertoire
Communion